10/09/2026
Entre fiscalité et durabilité - l’avenir de la voiture de société

Le débat sur les voitures de société est relancé. En cause : une étude récente du Bureau fédéral du Plan, selon laquelle le régime fiscal actuel des voitures de société représenterait d’ici 2028 une dépense fiscale de 5,2 milliards d’euros. Ce montant a immédiatement fait les gros titres de plusieurs journaux. Il est pourtant important de comprendre ce que recouvrent exactement ces 5,2 milliards d’euros et quelles nuances le Bureau du Plan apporte lui-même.
Que dit exactement le Bureau fédéral du Plan ?
Les 5,2 milliards d’euros tant commentés sont souvent présentés comme s’il s’agissait d’un coût direct pour l’État belge. Ce n’est pourtant pas ce qu’étudie le Bureau du Plan.
L’étude compare deux situations distinctes :
L’écart entre ces deux systèmes est considéré comme une dépense fiscale.
Autrement dit, il ne s’agit pas d’argent qui disparaît littéralement des caisses de l’État aujourd’hui, mais d’une estimation des recettes supplémentaires que les pouvoirs publics pourraient théoriquement percevoir dans un autre régime fiscal.
Pourquoi cette distinction est-elle importante ?
La différence peut sembler technique, mais elle est essentielle pour interpréter correctement les chiffres. Le scénario de référence part du principe que les employeurs et les travailleurs adapteraient leur comportement à une fiscalité modifiée. Le calcul s’en trouve complexifié.
Les employeurs remplaceraient-ils entièrement l’avantage par du salaire supplémentaire ? Les travailleurs continueraient-ils à faire les mêmes choix ? Quel en serait l’effet sur la demande de voitures de société ? C’est précisément pour cette raison que le Bureau du Plan souligne lui-même que les résultats reposent sur plusieurs hypothèses et restent entachés d’incertitude.
Les voitures de société sont bien plus qu’un outil de mobilité
Dans le débat public, les voitures de société sont souvent abordées sous l’angle de la mobilité et de la fiscalité. Dans la pratique, elles jouent toutefois aussi un rôle dans le modèle de rémunération belge.
Pour de nombreux travailleurs, la voiture de société fait partie intégrante du package salarial. D’éventuelles réformes pourraient dès lors avoir des effets qui dépassent les seuls comportements de mobilité ou les recettes fiscales. Les employeurs pourraient devoir prévoir d’autres formes de rémunération, ce qui pourrait peser sur le coût salarial total et sur la compétitivité des entreprises.
Cela ne signifie pas que toute réforme est impossible, mais bien que le débat touche simultanément plusieurs domaines politiques : fiscalité, mobilité, durabilité, marché du travail et économie.
Les voitures de société jouent aussi un rôle dans l’électrification
Un aspect intéressant de l’étude retient moins l’attention dans le débat public : selon le Bureau du Plan, le cadre fiscal actuel a joué un rôle important dans le verdissement du parc belge de voitures de société. Ces dernières années, les incitants fiscaux ont poussé de nombreuses entreprises à opter plus rapidement pour des véhicules électriques et des hybrides rechargeables. Les voitures de société ont ainsi représenté une part importante de l’électrification du parc automobile belge.
Le Bureau du Plan observe qu’une suppression complète des avantages actuels pourrait entraîner un léger recul de la part des véhicules électriques au profit de véhicules à moteur thermique classique. Cela montre que le débat ne porte pas uniquement sur la fiscalité, mais aussi sur les objectifs climatiques et la politique de mobilité.
Un paysage de la mobilité en pleine mutation
Le débat sur les voitures de société ne se déroule d’ailleurs pas en vase clos.
Plusieurs évolutions convergent en même temps :
Pour les employeurs, il devient dès lors de plus en plus important d’aborder la mobilité de manière stratégique. Le choix ne porte plus seulement sur une voiture de société, mais sur un mix de mobilité plus large, adapté aux besoins des collaborateurs et à la réglementation à venir.
Qu’est-ce que cela signifie pour les employeurs ?
Pour les entreprises, une chose est claire : la mobilité restera en tête de l’agenda dans les années à venir.
Si le débat public se concentre souvent sur le coût des voitures de société, les employeurs devront surtout composer, dans la pratique, avec un cadre réglementaire en constante évolution. Voitures de société, solutions de recharge, budgets mobilité et modes de transport alternatifs y jouent de plus en plus un rôle complémentaire.
Les entreprises qui évaluent et adaptent dès aujourd’hui leur politique de mobilité seront mieux préparées aux changements à venir.
Conclusion
Les 5,2 milliards d’euros fréquemment cités, issus de l’étude du Bureau fédéral du Plan, méritent d’être nuancés. Il ne s’agit pas d’un coût direct pour les pouvoirs publics, mais d’une comparaison entre le système actuel et une alternative théorique dans laquelle les voitures de société seraient taxées comme du salaire.
L’étude montre par ailleurs que les voitures de société jouent un rôle important dans le verdissement du parc automobile belge, et que la mobilité s’inscrit de plus en plus dans un débat plus large sur la fiscalité, la durabilité, la rémunération et la compétitivité économique. Le débat ne concerne donc pas seulement les choix de mobilité, mais aussi la manière dont les entreprises belges rémunèrent leurs travailleurs et attirent les talents.
Pour les employeurs, une chose est d’ores et déjà certaine : le paysage de la mobilité évolue plus vite que jamais et appelle une approche réfléchie sur le long terme.
